Taïwan : inquiétudes après l'opération US à Caracas (Military Watch)


L'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines Delta Force le 3 janvier a suscité de vives inquiétudes à Taipei, capitale de la République de Chine autoproclamée, quant à la possibilité que cela crée un précédent pour des opérations similaires menées par la Chine continentale afin de réunifier Taïwan et de mettre fin à la guerre civile chinoise, longtemps gelée. La nécessité de condamner les actions américaines a rapidement été soulevée par les parlementaires de Taipei. Le député Lai Shih-pao a demandé si, compte tenu de l'« attaque de grande envergure » menée par les États-Unis contre le Venezuela et de l'enlèvement du président, la République populaire de Chine continentale pourrait adopter une approche similaire enversTaïwan.  Le vice-ministre de la Défense nationale, Hsu Szu-chien, a répondu que la République de Chine devait réagir en renforçant ses capacités pour faire face à de telles situations imprévues et que le ministère de la Défense nationale avait pris les dispositions nécessaires.

Le député Lai a interrogé le gouvernement de la République de Chine sur sa position concernant l'attaque américaine contre son voisin. Le ministre Hsu a répondu : « Cela n'est pas directement lié à nos intérêts nationaux. » M. Lai a rétorqué : « Lorsque la Russie a attaqué l'Ukraine, nous avons pris la parole. Nous avons soutenu l'Ukraine et condamné cette agression.  N'est-ce pas également un acte d'agression ?  Ne devriez-vous pas condamner l'agression américaine ?  Ils ont fabriqué une accusation pour servir leurs propres intérêts pétroliers ; comment peuvent-ils aller dans un autre pays et arrêter des gens ? » Le ministre Hsu a répondu : « Pour notre part, s'il y a des questions pertinentes, nous devons renforcer nos préparatifs afin de faire face à des situations imprévues. » Cet échange a mis en lumière la délicate situation dans laquelle Taipei se trouve : d'une part, il faut permettre aux États-Unis de créer un précédent international qui pourrait permettre de cibler directement l'île de Taïwan ; d'autre part, il ne faut pas provoquer les États-Unis, dont Taipei dépend fortement pour sa sécurité. 

En décembre 2025, le ministère de la Défense nationale de Taïwan a redéfini la notion de « première frappe » dans le détroit de Taïwan. Dans un rapport écrit adressé au Parlement, il soulignait qu'en plus du recours conjoint au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance, si l'armée chinoise lançait une attaque surprise, toutes les unités appliqueraient un « contrôle distribué » sans attendre d'ordres, menant des missions de combat sous une direction opérationnelle « décentralisée ». En mars 2024, le ministre de la Défense nationale de l'époque, Chiu Kuo-cheng, avait observé que si la définition traditionnelle de la « première frappe » par l'armée chinoise désignait l'ouverture du feu, désormais, tout franchissement de la frontière entre les deux forces rivales par des aéronefs chinois serait considéré comme une première frappe et entraînerait des représailles. Cette redéfinition soulignait les vives inquiétudes quant à la possibilité d'attaques surprises ou d'autres actions clandestines. Alors que l'attaque américaine contre le Venezuela est largement considérée comme illégale, l'île de Taïwan est reconnue par les Nations Unies et tous les États membres de l'ONU comme faisant partie de la Chine sur laquelle Pékin exerce une pleine autorité, ce qui rend parfaitement légales les opérations visant à éliminer les forces autoproclamées de la République de Chine.

Source : https://militarywatchmagazine.com/article/deep-concerns-taiwan-abduction-maduro-precedent

Traduction : Veille Stratégique


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